
Quand Trump bannit Calibri des documents officiels américains, il ne fait pas que changer de typographie. Il révèle, malgré lui, à quel point chaque choix de design est un acte de communication stratégique — une leçon que toutes les institutions et associations devraient retenir.
Une guerre de polices à la Maison-Blanche
En décembre 2025, Marco Rubio — secrétaire d’État de l’administration Trump — envoie une note interne à ses équipes. La consigne est claire : fini Calibri. Retour à Times New Roman. La justification officielle ? “Rétablir le décorum et le professionnalisme dans les écrits du département.” La vraie raison : supprimer “un programme DEIA inutile imposé par l’administration précédente.”
Parce qu’en 2023, sous Biden, le choix de Calibri n’était pas anodin. C’était une décision délibérément inclusive — une police sans empattement, plus lisible à l’écran, mieux adaptée aux personnes ayant des troubles de la vision ou de la lecture, et compatible avec les lecteurs vocaux. Un acte de design, au service d’une politique d’accessibilité.

Ce que l’affaire révèle vraiment
Ce qui est fascinant dans cette histoire, ce n’est pas la querelle politique. C’est ce qu’elle démontre avec une clarté brutale : une police de caractères n’est jamais un simple outil neutre. Elle parle. Elle prend position. Elle communique des valeurs avant même que le lecteur ait lu le premier mot.
“Choisir une police, c’est déjà émettre un message sur ce que vous êtes, sur ce que vous défendez et sur le public à qui vous vous adressez.”
Times New Roman dit : rigueur, tradition, institution établie. Calibri dit : modernité, lisibilité, inclusion. L’administration Trump l’a bien compris — c’est précisément pour ça qu’elle a agi. En changeant de police, elle n’a pas modernisé ses documents. Elle a effacé un symbole.
La leçon pour les institutions qui communiquent
En tant que graphiste, je travaille quotidiennement avec des ONG, des associations et des projets de développement. Et cette affaire me parle directement — parce que je vois trop souvent des organisations traiter leurs choix typographiques comme des détails secondaires, des cases à cocher avant la vraie communication.
Ce que votre institution devrait retenir
Voici ce que l’affaire Calibri nous enseigne concrètement :
1. Votre typographie est une prise de position. Choisir une police accessible, c'est dire à votre audience que vous pensez à elle. Choisir une police formelle et classique, c'est projeter de l'autorité. Les deux sont valides — mais aucune n'est innocente.
2. La cohérence typographique est une forme de confiance. Quand vos rapports, vos présentations et votre site web utilisent des polices différentes sans logique, vous envoyez un message de désorganisation. La typographie est le reflet silencieux de votre sérieux institutionnel.
3. L'accessibilité n'est pas du "wokisme" — c'est du bon design. Pour les ONG travaillant dans des contextes où les écrans de faible résolution sont courants, les polices sans empattement (comme Calibri, Poppins ou Open Sans) améliorent objectivement la lisibilité. L'inclusion commence dans vos fichiers Word.
4. Votre charte graphique est un document stratégique, pas esthétique. La France a sa police "Marianne" pour toute l'administration publique — un choix pensé, cohérent, documenté. Votre organisation mérite le même niveau de réflexion, même si c'est à une échelle plus modeste.
Design et politique, même combat
Ce que Trump a mis en lumière, sans doute involontairement, c’est que le design n’est pas un domaine neutre. Les choix visuels que vous faites chaque jour — votre palette de couleurs, votre typographie, la mise en page de vos rapports — sont des actes de communication à part entière. Ils précèdent votre message et le conditionnent.
Pour les organisations qui travaillent sur des enjeux de développement, de droits ou d’environnement, cette réalité prend encore plus de poids. Votre crédibilité se lit aussi dans vos documents. Et à l’heure où l’IA génère du contenu en masse, les organisations qui auront pensé une identité visuelle solide et cohérente seront celles qui continueront à se distinguer.
Calibri ou Times New Roman ? La vraie question n’est pas là. La vraie question : est-ce que vos choix de design reflètent délibérément ce que vous voulez dire au monde ?
Parce que si vous ne répondez pas à cette question, quelqu’un d’autre — ou quelque chose d’autre — le fera à votre place.